Entretien avec Christelle Ngono (promo 2012)

Diplômée de l’EDHEC Business School en 2017, Christelle Ngono a commencé sa carrière en tant que consultante en management dans les bureaux parisiens de Capgemini Invent. 3 ans plus tard, elle choisit de poursuivre sa carrière dans le conseil en stratégie en intégrant les bureaux de Lagos de McKinsey & Company.

Qu'est ce que le conseil en stratégie ?

Le conseil en stratégie intervient lorsque des dirigeants d’entreprises/institutions décident de faire appel à des consultants afin d’avoir une perspective non biaisée et experte sur leurs challenges. De manière générale, les consultants mobilisés auront une connaissance approfondie du secteur et si je simplifie à l’extrême, leur objectif sera de comprendre les problèmes spécifiques auxquels l’entreprise/institution est confrontée et formuler des recommandations sur la manière dont elle doit les aborder. L’étape d’après consiste en l’accompagnement dans la mise en place de ces recommandations.

Voilà pour faire simple, en quoi consistent mes missions au quotidien.

Le cabinet possédant des bureaux dans plusieurs pays d’Afrique, avant d'arriver à Lagos as-tu eu plusieurs options à considérer ?

Effectivement j’ai eu l’opportunité de choisir parmi le pool de bureaux africains, et mon choix s’est tourné vers celui de Lagos pour plusieurs raisons :

– Je voulais être au cœur de l’une des plus grandes puissances économiques africaines afin de ressentir le dynamisme économique de la place dont j’ai souvent entendu parler,

– Je voulais côtoyer cette jeunesse dynamique et créative dont regorge la ville et qui la rend aussi vibrante,

– Enfin et non des moindres, la proximité à l’Afrique Centrale me permet d’être plus proche de ma famille au Cameroun.

Ceci dit, je reste très peu conditionnée par mon bureau d’affectation car je travaille un peu partout sur le continent.

Capgemini Invent, McKinsey…quels sont les principaux challenges rencontrés durant ta carrière jusque-là ?

Je dirais que le principal challenge que j’ai eu à rencontrer jusqu’à présent est de régulièrement challenger ma zone confort et ne pas céder à la tentation du syndrome de l’imposteur que ce soit dans mon travail au quotidien ou encore dans mes ambitions professionnelles à moyen long/terme.

Quel est ton parcours académique ?

Suite à mon bac ES en 2012, j’ai intégré l’Université Panthéon-Assas où j’ai fait une licence en éco-gestion et par la suite j’ai intégré le programme Grande École de l’EDHEC (avec un échange à la London School of Economics) où j’ai obtenu un double diplôme Master in Management et Master of Science in Corporate Finance en 2017.

Quels ont été les atouts de ta formation à l’EDHEC pour intégrer ces entreprises ?

Le screening (rires). Mon histoire pour intégrer mon premier cabinet est assez drôle parce que je n’ai pas postulé. Un jour l’école nous a envoyé une communication sur un séminaire organisé par le cabinet à l’attention des étudiants en écoles d’ingénieurs et écoles de commerce, j’ai décidé d’y participer (je commençais à peine ma dernière année de master) et c’est comme ça que je me suis retrouvée dans le processus de recrutement.

Je pense que le plus ironique c’est que je n’avais préparé aucune étude de cas pour mes entretiens (ceux qui sont dans le monde du conseil comprendront à quel point c’était suicidaire). D’ailleurs fun fact, 2 ans après j’ai eu à organiser ce même séminaire (rires)

Plus sérieusement , je pense que l’étroite relation entre les entreprises et les écoles de commerce permet réellement aux étudiants d’être exposés à de nouveaux métiers, de nouvelles disciplines et de très belles opportunités.. Et je pense qu’il est vraiment là, le principal atout.

D’après une étude de Wit Associés (2010), seulement 18% des consultants en cabinet de conseil sont des femmes. Au lycée Fustel de Coulanges, ce sont environ 7% seulement qui s’orientent vers des carrières en finance-économie (cabinet, banque). Que dire de ce constat et qu’est ce qui pourrait être mis en place (ou encouragé, si déjà existant) pour continuer de féminiser ce secteur ?

Bon l’étude date un peu mais beaucoup de cabinets aujourd’hui mettent en place des initiatives pour que le secteur soit plus paritaire et ce pour tous les grades.

De nombreux programmes de mentorat/coaching sont d’ailleurs mis en place pour recruter des profils féminins à la fois juniors mais également expérimentés  (e.g., l’évènement African Women Leaders proposé par McKinsey). Ces initiatives ne sont pas uniquement au niveau du recrutement mais également au cours de la vie dans le cabinet, où les femmes ont accès à des mentorats/retours d’expérience leur permettant de mieux naviguer dans le monde du conseil.

Féminiser le monde du conseil voire l’économie en général est une chose, avoir des femmes à des postes de responsabilité en est une autre. Penses-tu que le « plafond de verre » limitant l’évolution des femmes serait plus facile à briser en Afrique qu’en Occident ?

Je pense que chaque environnement a ses challenges en termes d’évolution professionnelle, notamment pour les femmes.

Pour être honnête, je trouve que les récentes actualités sont encourageantes. Quand je vois des femmes leaders comme la nigériane Ngozi Okonjo-Iweala ou encore la camerounaise Vera Songwe à des postes de décisions au sein d’institutions internationales je me dis que ce n’est pas facile, certes, mais possible.

On a encore du chemin à faire, mais en Afrique au quotidien je vois des femmes qui pavent la voie avec des réalisations exceptionnelles, mais malheureusement pas assez médiatisées. Ces femmes là consciemment ou pas, par leur résilience tracent la route pour les générations qui arrivent. C’est d’ailleurs pour ça que je pense qu’elles devraient être davantage mises en lumière afin d’en inspirer le plus grand nombre.

Qu'est ce qui t'a attiré vers ce secteur ?

J’ai toujours nourri cette volonté d’avoir un impact important sur mon environnement et surtout mon continent.

Je pense que j’ai eu le déclic pour le conseil en 2014 quand je préparais les concours pour les écoles de commerce. J’essayais de survivre à ce fameux exercice qu’est la lettre de motivation, et en discutant avec un cousin qui travaillait dans le secteur, j’ai compris qu’à travers le conseil et notamment le conseil en stratégie, j’avais cette possibilité de travailler sur des projets divers, à fort impact que ce soit dans le secteur privé mais aussi dans le secteur public.

Ce nouveau départ au Nigéria, comment le vis-tu ?

Pour le moment très bien! Je pense que je suis où je dois être : à proximité des miens (Cameroun) tout en poursuivant ma passion qui est de contribuer au développement de mon continent.

Quelques conseils pour finir ?

Je voulais terminer par une phrase inspirante (rires) mais je vais juste dire ceci qui vient du cœur:

« Le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire c’est de croire en votre capacité a accomplir ce que vous désirez, alors ne vous limitez pas. »

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